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MERYEM BOUDERBALA À LA CMOOA GALERIE À RABAT

La galerie de la holding AHM veut monter des expositions d’artistes marocains ou étrangers à Rabat, ville qui ne demande qu’à s’éveiller à l’art contemporain. Premier acte avec les travaux de Meriem Bouderbala. (brahim Alaoui)

Meriem Bouderbala a été formée à l’Ecole des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence et à l’E­cole d’art de Chelsea, à Londres. Elle vit et travaille entre Paris et Tunis. C’est dans sa double origine française et tunisienne et sa double culture qu’elle puise son inspiration créatrice. L’une et l’autre ont suscité les gestes, les repentirs, les décisions qui ont entraîné ses œuvres vers un « devenir minoritaire », comme elle le revendiquait lors de son exposition à Tunis en 2003. Concept de Gilles Deleuze et qui signifie non pas la mise à l’écart mais au contraire la force contenue dans le minoritaire ou, pour être plus précis, la puissance latente de transformation du mouvement volontaire vers un «devenir minoritaire ».

des fantasmes projetés sur la femme orientale

Cet entrecroisement spatial et temporel et ces interactions culturelles autorisent une mise en regard passionnante de l’expérience artistique de Meriem Bouderbala, qui tente de fusionner les sensibilités orientale et occidentale autour de la représentation du corps et de retrouver ainsi « ce point où la figure humaine est à la fois de chair et de signes » .

Dans son œuvre, qui se caractérise par l’équilibre créatif entre la performance et l’image fixe ou animée, elle incarne ainsi les propos de Friedrich Nietzsche affirmant que « Le corps est une grande raison », phrase qui avait marqué l’univers philosophique et esthétique du XXe siècle. De fait, plusieurs artistes surent utiliser leur corps en tant que possibilité artistique pour rompre certains codes sociaux dominants qui visaient à l’uniformiser, le contrôler et le dominer.

Meriem Bouderbala a fait sienne l’exploration de cette « grande raison » et tente de retrouver cette liberté où la représentation de son individualité lui permet d’évoquer l’intimité du corps tout en transgressant les normes esthétiques et les divers conformismes.  Elle déclare alors : « Je fais de mon corps, de son exhibition photographique altérée, bouleversée, une scène, un praticable éphémère pour une tragédie sans origine et qui n’a pas de fin. » Partant de cette expérience plastique menée sur son propre corps en se drapant ou en mettant en valeur sa nudité, sa fragilité et sa complexité, elle crée des chorégraphies voilées et sensuelles aux contours fluides. Elle se présente aussi en femme « bédouine » en démultipliant corps et étoffe et aborde différents sujets tels que le questionnement critique de l’orientalisme et particulièrement des fantasmes projetés sur la femme orientale ou sur la condition de la femme aujourd’hui dans le monde arabe.

En même temps que la convergence du corps et du signe, elle donne à voir le télescopage du présent et du passé. Convoquant figures baroques ou silhouettes évanescentes, elle brouille les pistes et multiplie les rencontres incongrues. Les vagues mouvantes du drapé partent à l’assaut du corps, comme autant de constructions auxquelles la femme doit aujourd’hui se confronter pour créer librement sa propre identité.

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    14 décembre 2009
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