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LE MARCHÉ DE L’ESTAMPE MODE D’EMPLOI

Avec un indice en hausse de +110% en six ans (janvier 2002-janvier 2008), le marché de l’estampe a particulièrement bien profité de la grande fête spéculative des dernières années. De fait, la correction fut drastique et après le pic de janvier 2008, les prix chutaient de 33% en douze mois, contre 19% à 22% de baisse pour les autres médiums (peinture, dessin, sculpture, photographie). Si la déflation fut particulièrement rude en 2008, l’indice des prix de l’estampe tend à stagner sur les douze derniers mois, tandis que les prix de la peinture, de la sculpture et de la photographie continuent de se tasser.

Ce médium, bien que moins volatil que les autres, n’est donc à l’abri ni des bulles spéculatives ni des réajustements du marché. Lors de la dernière bulle spéculative (2005-2008), les multiples furent si bien dopés par les records des œuvres uniques que leur chiffre d’affaires doublait presque entre 2003 et 2006 (passant de 74,8 M€ pour environ 34 100 lots vendus à 138 M€ pour environ 51 300 lots vendus). Après une fièvre acheteuse gonflant démesurément l’offre (le nombre d’estampes aux enchères doublait entre 2007 et 2008), le taux d’invendus atteignait un seuil record de 26,6%, contre 6% à 9% enregistrés habituellement.

Trop de lots étaient encore présentés sur le premier trimestre 2009. Résultat :  37,2% d’entre eux étaient ravalés ! Les artistes les plus emblématiques du XXe siècle sont aussi les plus productifs. Le marché de l’art regorge en effet d’œuvres signées Pablo Picasso et Andy Warhol, seuls artistes dont la dispersion des estampes a généré à elle seule un produit de ventes de plus de 10 millions d’euros sur l’année 2009.

Le Duel Picasso / Warhol

En 74 ans d’œuvre gravée, Pablo Picasso (entre 1899 et 1973) a laissé un héritage de plus de 2 000 estampes. Sa curiosité insatiable et son goût pour le défi ont donné lieu à une production prolifique et complexe, dans laquelle l’artiste n’hésite pas à expérimenter les diverses techniques de la gravure, voire à en inventer de nouvelles. Ses multiples inondent littéralement son marché, représentant 63 % du nombre de transactions depuis 1997 pour 5% de son chiffre d’affaires global.

Le marché des estampes de Picasso peut paraître difficile à cerner au premier abord : l’amplitude des prix variant de quelques euros à plusieurs centaines de milliers d’euros. Cette année, son meilleur score culmine à 150 000 € pour Buste de femme au chapeau à pompons et au corsage imprimé vendu le 17 juin 2009 à Hambourg (Hauswedell & Nolte). Néanmoins, près de 60% des quelque 9 000 pièces échangées en 10 ans se sont négociées moins de 5 000 €. Dans cette manne, l’acheteur peut trouver des feuilles signées (de la main de l’artiste et pas seulement dans la planche) pour un budget compris entre 1 000 et 2 000 €, à l’instar de la lithographie Musicien, danseur et chèvre adjugée pour l’équivalent de 1 191 € l’automne dernier lors d’une vacation suisse (Dobiaschofsky Auktionen AG, 12 novembre 2009). Malgré le prestige de la signature, les estampes de Picasso sont peu porteuses. En 10 ans, leur cote n’a progressé que de 5%. Celles d’Andy Warhol affichent une rentabilité bien meilleure en progressant de 50% sur la décennie. Ce score paraît cependant bien maigre à côté des 524% de hausse enregistrés pour les toiles du roi du Pop art.

S’il n’a pas la longévité créative d’un Picasso, Andy Warhol eut le génie d’emprunter à la publicité sa méthode de production sérielle. Il défie ainsi Picasso quant au nombre d’estampes soumises annuellement aux enchères (entre 1 000 et 1 500 en moyenne). Ses plus belles enchères sont décrochées pour les portfolios comprenant 10 sérigraphies. En 2007, deux portfolios décrochaient 1M€ chacun : le plus célèbre, celui de Marilyn Monroe (1967) grimpait jusqu’à 680 000£ le 20 juin 2007 chez Christie’s Londres, suivi quatre mois plus tard par dix Mao de 1972 frappés 720 000£ chez le même auctioneer. (…)

Un marché abordable

Le prix d’une estampe, comme pour une œuvre d’art en général, dépend de la notoriété de l’artiste, du sujet, du format, de l’état de conservation et du nombre de tirages (la rareté étant plus valorisée, la loi de l’offre et de la demande régule le marché). Le dosage de ces critères - et les effets de mode auxquels est soumis l’art contemporain - pousse certaines feuilles à des prix époustouflants. Le marché de l’estampe demeure cependant une niche d’œuvres abordables dont 75 à 85% des lots sont vendus moins de 2 000 €. Avec un budget de 100 à 500 €, les jeunes acheteurs commencent souvent leur collection par quelques signatures connues, rassurantes et abordables.

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    12 janvier 2010
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