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Jean Euloge Samba, Samba, le temps et l’imprudence, 2012 (Congo Brazzaville)

Jean Euloge Samba, Samba, le temps et l’imprudence, 2012 (Congo Brazzaville)

[ DOSSIER ] Embarquement pour Bamako

Annulées en 2013, les Rencontres de Bamako reprennent du 31 octobre au 31 décembre sur le thème « Telling Time ». Attendue, cette 10e édition est également menacée par un contexte sécuritaire extrêmement tendu. Plusieurs rédactions parisiennes ont annulé leur participation mais la valise de Diptyk est prête pour le départ.

En attendant, rencontre avec la curatrice Bisi Silva et coup d’oeil sur les oeuvres qui seront montrées.


Nous avons rencontré Bisi Silva lors de son escale marocaine dans le cadre de ses recherches pour les Rencontres de Bamako. Une biennale que la curatrice a voulue intimiste, avec seulement 39 artistes qui présenteront 26 expositions photographiques et 16 projections vidéo. Autant d’oeuvres qui témoignent d’un processus de réappropriation de l’image, longtemps confinée à la seule vision occidentale de l’Afrique. Pour la fondatrice du Center for Contemporary Art de Lagos, l’enjeu de cette biennale est d’offrir une visibilité internationale aux artistes locaux, souvent effacés par leurs compatriotes de la diaspora. Impliquer le public est l’autre grand défi de Bisi Silva, qui considère la culture comme un outil majeur de développement.


Quel est l’enjeu de cette 10e édition, qui a suscité l’engouement des artistes avec plus de 800 candidatures envoyées ?

Le nombre de candidatures que nous avons reçues montre que cette édition était très attendue, tant la biennale joue un rôle majeur dans les carrières de nombreux photographes à travers tout le continent. C’est la plus grande plateforme en Afrique, où ils peuvent montrer leur travail non seulement à leurs pairs, mais aussi à un public international. C’est aussi une forme de solidarité de la part des artistes envers leurs homologues maliens suite à la récente crise qu’ils ont vécue. Quant à l’enjeu, ce qui m’intéresse dans cette biennale, c’est d’engager le public local. J’ai réfléchi à un programme qui va dans ce sens, et si cela fonctionne c’est plus important que l’exposition en tant que telle. Une exposition est toujours facile à monter, mais drainer la population locale, pour moi, le défi est là. Par exemple, le Sud-Africain George Mahashe proposera une performance impliquant le public, qui sera invité à développer ses propres photographies. L’enjeu est aussi de montrer que les pratiques photographiques et filmiques en Afrique repoussent les limites au-delà du documentaire et du reportage, qui constituaient la base originelle des Rencontres de Bamako en 1994. Il faudra également veiller à relever le discours sur la photographie parce que l’histoire de la photographie africaine est en train de s’écrire en dehors du continent.

Qu’est-ce qui vous a interpellée dans le travail des trois artistes marocains sélectionnés ?

Je me souviens que lorsque j’ai vu les photographies de Youssef Lahrichi pour la première fois, je me suis demandée s’il ne les avait pas retravaillées avec Photoshop pour en retirer toute présence humaine, jusqu’à ce qu’il m’explique qu’elles avaient été prises à l’heure de la rupture du jeûne, quand les rues deviennent totalement désertes. Cela paraissait irréel, car ce moment de rupture du jeûne est sacré. J’ai pensé que c’était une série intéressante, réalisée par un jeune artiste prometteur et montrant un réel potentiel. J’ai aussi découvert le travail de Randa Maroufi, qui présente une vidéo stupéfiante racontant avec poésie l’histoire d’un transsexuel qui travaille comme femme de ménage dans une famille. Mêlant réalité et fiction, il s’agit en réalité d’un commentaire sur les défis du genre et de la sexualité dans la société marocaine. Et enfin, Mounir Fatmi, dont nous connaissons tous le travail, met en jeu les notions d’histoire, de puissance et d’identité. J’aurais voulu inclure plus d’artistes marocains mais le pays est déjà très bien représenté. En venant au Maroc j’ai eu l’impression que la scène de la photographie était encore naissante et que beaucoup d’efforts étaient déployés pour l’aider à se développer, que ce soit de la part des artistes ou d’autres acteurs culturels, comme votre magazine par exemple.


par Syham Weigant
 

Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie, Bamako, du 31 octobre au 31 décembre 2015

Si vous souhaitez lire la suite de cet article vous le trouverez dans Diptyk #30

[ DOSSIER ] Embarquement pour Bamako

Bisi Silva, illustration par Myriam El Jerari.

[ DOSSIER ] Embarquement pour Bamako

Bakary Emmanuel Daou, Le Temps Ebola, 2014 (Mali)

[ DOSSIER ] Embarquement pour Bamako

Mudi Yahaya, For Crown And Country, 2011 (Nigéria)

[ DOSSIER ] Embarquement pour Bamako

Mounir Fatmi, History Is Not Mine, 2013, vidéo 5’ (Maroc)

[ DOSSIER ] Embarquement pour Bamako

Youssef Lahrichi, Le Nostalgique, 2014 (Maroc)

[ DOSSIER ] Embarquement pour Bamako

Malala Andrialavidrazana, Figures 1838, Atlas Élémentaire, 2015 (Madagascar)

[ DOSSIER ] Embarquement pour Bamako

Seydou Camara, Manuscrits de Tombouctou, 2009 (Mali)

[ DOSSIER ] Embarquement pour Bamako

J. D. ‘Okhai Ojeikere, Sans titre (HD 1349), 2006, photographie

15 octobre 2015
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