portfolio
Webtv
Aboubacar Traore, Inchallah, 2015, photo

Aboubacar Traore, Inchallah, 2015, photo

BAMAKO PEINE À RÊVER LE FUTUR

Imaginée pour narrer l’histoire en Afrique, la 10e édition des Rencontres de Bamako montre surtout des travaux marqués par les traumatismes du passé et du présent. 
 

Les biennales se suivent et ne se ressemblent pas – et c’est une bonne chose. Mais on aimerait bien que les Rencontres de Bamako marquent les esprits pour autre chose que des justifications politiques et géopolitiques. 

Elle mérite mieux que ça, ses commissaires et artistes aussi. Nous étions peu nombreux cette année à faire le voyage, avec le sentiment diffus et désagréable d’accourir au chevet d’un grand malade. Placés dans un convoi spécial, sous surveillance musclée, étroite et permanente, nous avions parfois l’impression d’être exclus de la fête, une composante conviviale et pourtant importante dans ce type d’événements, qui permet de prendre le pouls réel, en off *. 

Doit-on rappeler ici qu’une biennale qui revit, c’est toujours bon signe ? Un signe qui flirte tout de même avec le géopolitique, omniprésent. Un signe de normalisation, du retour du pays dans le grand concert des nations. Et que cela se fasse notamment par la culture est d’autant plus positif. Cela nous évitera d’avoir à rappeler a contrario que cette biennale avait disparu et pourquoi. Rappeler aussi l’importance pour le continent et ses artistes de créer ensemble un avenir commun, rêver enfin ce futur, pourtant assez peu présent finalement dans l’exposition centrale « Telling Time ». Rappeler enfin, comme le conclut Simon Njami dans le cataloguede la biennale, qu’« un continent sans culture est un continent perdu. » 
 

ENTRE JIHAD ET EBOLA 


Dans ce contexte, cette édition particulièrement attendue a répondu par beaucoup de rigueur et de talent avec une exposition centrale de belle facture, des expositions associées inégales et un Off débridé et parfois maladroit. Concernant l’exposition centrale, peu de fausses notes, qu’on taira pour se concentrer sur quelques remarques. D’abord certaines similitudes géographiques qu’il est intéressant de noter sans en tirer de conclusions définitives.
Chez nos hôtes, les Maliens, on peut constater un attrait pour les questions politiques récentes : les photos de Seydou Camara consacrées aux Manuscrits de Tombouctou, que nous avions remarquées en 2012, engagent leur auteur dans la préservation de ce patrimoine en grande partie détruit par les jihadistes et toujours menacé. Une menace physiquement palpable chez ces hommes coiffés de calebasses noires mais dont certains « signes ostensibles » sont facilement identifiables sur les clichés d’Aboubacar Traoré. Ce travail devait figurer en une des outils de communication de la biennale mais le secrétaire général, Samuel Sidibé, en a finalement décidé autrement pour ne pas stigmatiser la religion musulmane et surtout éviter d’en faire le débat central de cette biennale. 


* Cet article a été rédigé avant l’attaque jihadiste de l’hôtel Radisson Blu de Bamako, le 20 novembre. 


Rencontres de Bamako, Mali, jusqu’au 31 décembre 2015. 

Par Shyam Weigant

La suite de cet article est disponible dans Diptyk magazine #31 en kiosque et en ligne ici https://www.relay.com/diptyk/numero-courant-1254.html

BAMAKO PEINE À RÊVER LE FUTUR

Lebohang Kganye, Heir-story, Ke Lefa Laka, 2012-2013, photo

BAMAKO PEINE À RÊVER LE FUTUR

William Kentridge, Second-Hand Reading, 2013, vidéo

BAMAKO PEINE À RÊVER LE FUTUR

Mudi Yahaya, For Crown and Country, 2011, photo

BAMAKO PEINE À RÊVER LE FUTUR

Emmanuel Bakary Daou, Le temps Ebola, 2014, photo

10 décembre 2015
blog comments powered by Disqus