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Jacques Majorelle, Danseuses marocaines à Telouet, huile sur toile, 91 x 78 cm © Studio Sébert / Courtesy Artcurial

Jacques Majorelle, Danseuses marocaines à Telouet, huile sur toile, 91 x 78 cm © Studio Sébert / Courtesy Artcurial

Pourquoi Marrakech séduit les maisons de vente parisiennes

Le palace Es Saadi accueille fin décembre une vente aux enchères d’Artcurial. Au catalogue, un mélange d’art orientaliste, d’art moderne arabe et international ainsi qu’un chapitre cutting age pour tester le potentiel marocain sur ce secteur. Olivier Berman, directeur du département orientalisme, détaille la vacation.

 

Après Majorelle et ses contemporains en 2011, « Moroccan spirit » en 2014 et la vente Yves Saint Laurent l’an dernier, c’est le troisième événement d’Artcurial en lien avec le Maroc. Pourquoi cet intérêt ? 

Le Maroc est le pays le plus développé sur le plan culturel au Maghreb et en Afrique. C’est le seul pays où il existe un réel marché de l’art avec des maisons de vente, des galeries, un musée d’art moderne et contemporain, un magazine... Le Royaume développe une politique culturelle digne d’un pays européen. Le nombre de collectionneurs et d’amateurs augmente très rapidement et Marrakech dispose d’une clientèle internationale. Le Maroc a la capacité de devenir le hub de l’Afrique. Suite à nos expériences passées couronnées de succès, nous réfléchissons à ouvrir une représentation au Maroc comme nous l’avons fait ces dernières années à Bruxelles, Milan, Munich et Vienne. Et, pourquoi pas, organiser des ventes.

 

Vous proposez ici une vente en quatre volets : expliquez-nous cette logique.

Cette vacation a nécessité un an de préparation. Nous avons sillonné l’Europe de Lisbonne à Amsterdam pour arriver à ce niveau de qualité. C’est certainement un des plus beaux ensembles d’œuvres présentées sur le marché international depuis de nombreuses années. La vente est divisée en quatre chapitres. Le premier, « Majorelle et ses contemporains », repose sur la personnalité de Majorelle, qui est l’ambassadeur de Marrakech par excellence. Le second est consacré à l’art moderne arabe et international car nous souhaitons développer ce secteur au Maroc et en Europe. Le troisième chapitre est consacré aux livres illustrés : le livre tient une place particulièrement importante dans le monde arabe. Enfin le dernier chapitre, cutting age, à la pointe de la création, proposera des œuvres d’art urbain car il y a un intérêt au Maroc dans ce domaine. Le monde arabe a d’ailleurs un nombre croissant de révélations sur la scène urbaine actuelle.

D’un point de vue strictement commercial, quel résultat attendez-vous d’une telle vente ? Quelle a été votre politique d’estimation ? 

Sur l’ensemble de la vacation, nous sommes autour de 3 200 000 euros en estimation basse. Nous serons satisfait si nous vendons 70% des lots. Nous avons pratiqué une politique d’estimation attractive. Par exemple, sur les dix œuvres de Majorelle présentées, il n’y en a qu’une seule qui soit estimée au-dessus de 100 000 euros : les Danseuses à Telouet, qui est une pièce exceptionnelle issue d’une prestigieuse collection madrilène. Il y a aussi, dans la partie moderne et contemporaine, les deux pièces historiques de Melehi estimées à 40 000 euros, ou encore le superbe Yacoubi,  exposé à l’inauguration du Musée MMVI, que nous estimons à autour de 70 000 euros. 

 

Quelles sont les pièces phares des trois premiers volets ?

Il y a d’abord les Majorelle. Danseuses à Telouet est une œuvre magnifique, reproduite dans le livre de Félix Marcilhac sur Majorelle. C’est une des très rares représentations de personnages en pied dans son œuvre. L’Aouache à Anemiter d’Edy Legrand est une des plus belles huiles vues depuis longtemps sur le marché. Nous présentons également une œuvre d’Étienne Dinet issue des très belles années du peintre. Dans le chapitre livres, nous proposons un très beau Leporello d’Etel Adnan et un très beau livre illustré d’Abboud. Pour les modernes, il y a bien entendu le bronze de Mokhtar, rarissime par sa dimension. Les autres pièces phares sont les Melehi, le Yacoubi et les Shafic Abboud, ainsi qu’un Arman de 1967.

 

Expliquez nous ce dispositif : show de fin d’année à Marrakech et marteau à Paris. Marrakech serait-elle finalement un lieu de spectacle plus qu’une place de marché ? 

Nous avons choisi le système de la vente en duplex afin que notre clientèle parisienne et internationale puisse enchérir. Ce système nous permet de bénéficier de nos deux clientèles.

 

Quel regard portez-vous sur le marché marocain des enchères ? Est-il extensible ? 

 

Tout prend du temps et Rome ne s’est pas faite en un jour. Il est essentiel que le marché soit réglementé et se professionnalise. Mais en quinze ans, le marché marocain a connu une croissance exponentielle. Des événements comme Marrakech Art Fair, dont je regrette l’interruption, ont été formidables pour le marché. La nouvelle loi sur l’importation des œuvres d’art est très positive mais encore faut-il que tout le processus administratif fonctionne. Oui, le marché marocain est extensible car vous avez de très bons artistes et un marché national qui fonctionne. Maintenant il faut passer à la deuxième étape : les artistes, les galeries, les maisons de vente doivent s’exporter ! C’est un avis personnel, mais il est étonnant de constater qu’il n’y a qu’une ou deux galeries marocaines qui exposent à Art Dubai, dans les foires en Europe, voire aucune aux États-Unis.

 

 

Propos recueillis par Rym Abouker

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    27 décembre 2016
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