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(à gauche) : Autoportrait, 2015, photographie argentine. © Mustapha Azeroual  (à droite) Série Résurgences#2, 2014, tirages en gomme bichromatée sur volume en porcelaine,  dimensions variables

(à gauche) : Autoportrait, 2015, photographie argentine. © Mustapha Azeroual (à droite) Série Résurgences#2, 2014, tirages en gomme bichromatée sur volume en porcelaine, dimensions variables

Mustapha Azeroual : Archéologue de la lumière

Le photographe d’origine marocaine expose pour la première fois en solo à Casablanca.

L’occasion de découvrir un artiste-scientifique qui repousse les frontières de la photographie.

 

Mustapha Azeroual, 38 ans, représente peut-être le futur de la photographie. En cinq ans, de Dubaï à Paris en passant par Beyrouth, il a su se distinguer lors de toutes les grand-messes du marché. Pendant la FIAC 2014, le Huffington Post le place parmi les dix valeurs montantes de l’art contemporain. Cet automne Christie’s le repère comme l’un des cinq photographes à collectionner sur le salon Paris Photo. Les photographies de Mustapha Azeroual sont pourtant énigmatiques, voire abstraites, toujours issues d’un procédé complexe et mystérieux. Alors, qu’est-ce qui rend donc son travail si désirable ? En réalité, ce qu’il faut voir n’est pas réellement devant nos yeux. Ses œuvres sont des traces, un résultat, une apparition. De quoi ? De la lumière bien sûr, matière première de la photographie, et que Mustapha Azeroual réactualise en allant puiser dans l’histoire de ses techniques. « C’est l’idée d’exploration de la lumière qui m’intéresse, par l’investigation, par l’ajout ou l’enlèvement de couches successives, comme une stratification du temps et de la lumière. »

On serait tenté de le qualifier d’« artisan de la photographie conceptuelle » tant l’exigence plastique de son travail rejoint une réflexion théorique profonde. Si l’on veut comprendre son travail, il faut accepter de pénétrer dans un autre espace- temps. Plus de consommation rapide de l’image ni de postulat esthétique bancal et vite dépassé. « Je me lasse rapidement de l’image reconnaissable, celle que l’on peut lire ou déchiffrer assez vite. C’est davantage la question du médium comme moyen d’enregistrement ou la question de l’apparition de l’image dans le champ du visible qui me fascine. » En 2014, Nawal Slaoui avait déjà révélé l’un de ses paysages abstraits, évoquant le all-over d’un Mark Rothko. Un peu comme une expérience initiatique, c’est par le temps et la patience qu’on perce les mystères de son art, avec à la clef une révélation. L’excellence de sa technique est à la fois transdisciplinaire (il mêle photographie, sculpture, installation) et fusionne les périodes de l’art (il combine procédés photographiques anciens et nouvelles technologies).

 

PROFESSION INGÉNIEUR

Azeroual a la rigueur de son premier métier, ingénieur. A l’époque, il ronge son frein dans un bureau d’étude. On pourrait y plaquer le cliché du « blues du scientifique », rêvant d’« être un artiste ». Même pas. La fluidité de son parcours étonne et c’est une succession de rencontres qui l’a poussé vers la photographie. Depuis ses débuts en amateur autodidacte il y a dix ans, plusieurs bonnes fées se sont penchées sur son plan de travail. Formé auprès d’Erick Mengual, le vétéran de la gomme bichromatée, puis repéré en 2008 par Françoise Paviot, la légendaire galeriste parisienne spécialiste des techniques anciennes, il grimpeassez vite l’échelle périlleuse de l’art contemporain, un milieu dont il ne maîtrise pas les codes. Pourtant, depuis 2012, il enchaîne les propositions. Pour l’ouverture de la galerie Art Factum à Beyrouth, il passe une semaine enfermé dans le laboratoire de Choï, grand tireur parisien qui a travaillé pour des mastodontes comme Helmut Newton. Azeroual poursuit son chemin dans l’à-côté de la photographie. Après un passage chez la galerie associative Hors Champs spécialiste des procédés alternatifs, il est remarqué par la galerie Binôme à Paris, où Valérie Cazin questionne le potentiel plastique du médium photo. Depuis, sa démarche scientifique l’apparente à Hicham Herrada.

 

 

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro #37 de Diptyk Mag actuellement en kiosque

Propos recueillis par Marie Moignard

 

 

 

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    21 mars 2017
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