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Kudzanai Chiurai, Genesis [Je n’isi isi] III, 2016 Collection Fondation Louis Vuitton. © Kudzanai Chiurai. Courtesy of Goodman Gallery, Johannesburg

Kudzanai Chiurai, Genesis [Je n’isi isi] III, 2016 Collection Fondation Louis Vuitton. © Kudzanai Chiurai. Courtesy of Goodman Gallery, Johannesburg

Afrique, l’atelier du monde

La Fondation Vuitton propose une triple exposition qui met en miroir sa collection d’art contemporain africain et le fonds Pigozzi.

 

L’Afrique devient le futur du monde ». L’affirmation d’André Magnin, grand manitou de l’art contemporain africain, n’a peut-être jamais été aussi vraie, tant la saison culturelle parisienne offre au printemps une place de choix à la création du continent. La Fondation Vuitton n’échappe pas aux chants des sirènes et propose un triptyque, « Art/Afrique, le nouvel atelier ». Effet de mode ? C’est mal connaître les habitudes de la maison, balaie Suzanne Pagé, sa directrice artistique, qui inscrit cet opus africain dans le sillage de l’exposition consacrée à l’art contemporain chinois, l’an dernier. « Nous essayons de repérer les scènes contemporaines encore mal connues à Paris pour ouvrir de nouveaux territoires mentaux et

sensibles ». Avec « le nouvel atelier », la fondation de Bernard Arnault présente donc une sélection d’œuvres de sa collection dans laquelle on retrouvera sans surprise plusieurs poids lourds (Omar Victor Diop, Romuald Hazoumé, Barthélémy Toguo, William Kentridge...). Deux focus, l’un dédié à la production sud-africaine et l’autre à la collection Pigozzi, viennent compléter cette présentation forcément fragmentaire. L’Afrique du Nord y est la grande absente. « C’est un immense continent, assume Suzanne Pagé, soit on approfondit quelques champs, soit on offre un panorama. Mais je ne doute pas que le public ait l’exigence d’aller un peu en profondeur des choses. » Pas d’exhaustivité donc, mais un passage obligé par la collection Pigozzi. L’homme d’affaires franco-italien fait figure de pionnier, lui qui, en trente ans, a constitué l’un des plus importants fonds d’art contemporain africain. À travers 15 artistes emblématiques, le focus « Les Initiés » restitue toute la singularité de cette collection, débutée aux lendemains de l’exposition-manifeste « Les Magiciens de la terre » avec la complicité indéfectible d’André Magnin. Celui-ci allait inlassablement sillonner le continent au gré « d’expéditions pré-Internet » et rassembler les quelque 12 000 œuvres

qui font aujourd’hui la réputation du fonds Pigozzi. Ce focus, sans aucun doute grand public, est un aperçu (400 pièces !) de ce vaste ensemble qui tire aussi sa particularité de la loi d’airain qui le régit : « trois règles auxquelles je n’ai pas dérogé, explique le collectionneur, les artistes devaient être d’Afrique noire, y vivre et y travailler ». Une fois accepté ce fil rouge qui fait aussi la limite de ce fonds, on y trouvera avec plaisir les figures quasi historiques de la production contemporaine de l’Afrique : des clichés post-indépendance de Malick Sidibé ou Seidou Keïta aux miniatures inspirées de Frédéric Bruly Bouabré, en passant par les villes futuristes de Bodys Izek Kingelez, qui avaient tant

impressionné le collectionneur en 1989.

COUP DE POING SUD-AFRICAIN

Le second focus, « Être-là », est quant à lui une plongée au cœur de cette scène sud-africaine qui continue de fasciner les institutions. « Parce qu’il y a un écosystème très porteur, explique Suzanne Pagé, et un moment historique décisif ». Radiographie de cette société post-Apartheid, « Être là » confronte le regard des aînés (David Goldblatt, Sue Williamson, William Kentridge...) à celui de la génération des années 1980, inscrite dans un monde aux enjeux désormais globalisés. « Il y a pour- tant une grande connexion et connivence entre les générations d’artistes », note la directrice artistique. À 86 ans, David Goldblatt photographie ainsi les révoltes étudiantes de 2015 et crée des liens entre les luttes d’hier et d’aujourd’hui. Zanele Muholi nous documente inlassablement, depuis dix ans, sur la communauté LGBT encore marginalisée dans son pays, là où Thenjiwe Niki Nkosi peint les figures oubliées des luttes antidiscrimination. La fin du régime de l’Apartheid n’a pas tout résolu et les artistes ici ne se privent pas de nous le rappeler.

 

«Art/Afrique, le nouvel atelier», Fondation Louis Vuitton, Paris, jusqu’au 28 août 2015.

 

 

Afrique, l’atelier du monde

Fondation Louis Vuitton

Afrique, l’atelier du monde

Avec Chéri Samba, Romuald Hazoumè et Barthélémy Toguo

Afrique, l’atelier du monde

Romuald Hazoumè, Suzanne Pagé et Brahim Alaoui

Afrique, l’atelier du monde

Avec Jean Pigozzi

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    26 avril 2017
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