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Mazen Kerbaj, Un an, 2012, extrait de la série de 382 dessins © Mazen Kerbaj

Mazen Kerbaj, Un an, 2012, extrait de la série de 382 dessins © Mazen Kerbaj

Festival Masnaâ : Beyrouth décoince la bulle

Le festival d’art et de littérature casablancais invite la scène alternative libanaise pour faire bouger les lignes entre arts visuels et bande dessinée. Inspirant.

 

De la BD du monde arabe, on ne connaît souvent que les échos d’une diaspora francophone installée en Europe et dont les têtes d’affiche comme Riad Sattouf ou Marjane Satrapi tiennent le haut du pavé. Ce printemps à Casablanca, le festival Masnaâ convoque une scène peu connue mais qui évolue en trois langues au Liban depuis une quinzaine d’années, en dehors des sentiers battus. Mêlant sans contraintes le dessin, le graphisme et l’illustration avec l’univers de la musique, la création beyrouthine semble aller comme un gant à l’un des rares événements casablancais qui ne se donne « aucune limite disciplinaire », comme le définit David Ruffel, son fondateur en 2013. On pourrait se demander pourquoi ne pas y avoir pensé avant : « La bande dessinée est typiquement une pratique qui se situe entre arts visuels et littérature », confirme David Ruffel, puisqu’elle célèbre le mariage parfait entre le récit et le trait. L’année dernière, elle avait pointé le bout de son nez dans l’aller-retour entre Casablanca et Tunis proposé par l’artiste tunisien ismaël, commissaire invité. En mai 2017, le festival s’embarque pour Beyrouth et l’univers d’un artiste inclassable où tout semble permis.

« Comme tous les Arabes, j’ai plusieurs métiers », plaisante Mazen Kerbaj lorsqu’on évoque ses multiples casquettes. Dessinateur, peintre, graphiste mais aussi trompettiste de free jazz, lui et quelques autres invités de Masnaâ ont participé à fonder la scène expérimentale de Beyrouth. À l’image de ses improvisations musicales, Kerbaj ne se fixe de règles que pour ensuite les dépasser. Ses supports non plus n’ont pas de limites. Il illustre aussi bien des pochettes de disque que des magazines. Ses albums et nouvelles de bande dessinée sont diffusés dans le monde entier. Ses dessins plus personnels sont publiés par Samandal, une revue spécialisée dans les arts graphiques créée au Liban en 2007 et qui fait le déplacement à Casablanca ce printemps. Le gigantesque ensemble Un an, présenté au Musée de la fondation Slaoui, est une sorte d’agenda intime déployé sur plus de 365 dessins. Durant toute l’année 2012, Kerbaj se contraint à un dessin par page, avec ou sans mots, pour livrer son « humour du jour », ses angoisses graphiques ou l’amour qui s’en va. Il y affiche une dérision teintée de mélancolie, frôlant l’autofiction. Son travail est à l’image de cette génération libanaise née à partir des années 70 et dont les fêtes retentissantes couvrent les échos de la guerre. Toujours au Musée Slaoui, Kerbaj fait bouger l’une de ses frontières fluides avec Hatem Imam pour composer Drunken Masters, une série de dessins à quatre mains baignée de création libre et d’alcool. Son comparse est l’une des autres stars de cette scène libanaise. Plus porté vers le roman graphique, le travail d’Imam est à la lisière du dessin contemporain. Son coup de crayon raffiné est peuplé de formes organiques qui parlent de métamorphoses. À la galerie CulturesInterface, le street artist égyptien Ganzeer présente avec la Libanaise Jana Traboulsi l’aspect plus politique de cette scène du Moyen-Orient. Le premier a activement participé aux soulèvements de 2011. Ses planches de bande dessinée sont un thriller noir où la violence ordinaire postrévolution nourrit la science-fiction. La seconde est illustratrice et designer graphique. Dans ses œuvres personnelles, elle mélange dessin et calligraphie arabe, dont les lignes zébrées rappellent la fêlure des conflits. L’énergie brute et sans concession de tous ces travaux à l’esprit critique subtil semble des plus inspirantes pour le Maroc, où la BD demeure encore timide. Le salut serait-il de rattacher la création visuelle à d’autres disciplines ? (...)

 

 

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro #38 de Diptyk Mag actuellement en kiosque

Festival Masnaâ, Casablanca, de mai à septembre 2017.

 

Mazen Kerbaj et Hatem Imam, «The Life and Work of Walter Ego», Fondation du Musée Slaoui, du 9 mai au 16 septembre 2017 // Hicham Lasri, «Fawda», Institut français, du 10 mai au 25 juin 2017 // Jana Traboulsi et Ganzeer, «Dangerous Dreams», Galerie CulturesInterface, du 11 au 27 mai 2017 // Yassine Balbzioui, «Hors-d’œuvre», performance au Lycée Lyautey, 11 mai 2017 // Zineb Benjelloun «Darna» et Alex Baladi «Histoires en zigzag», Espace Thinkart, du 13 au 31 mai 2017.

Festival Masnaâ : Beyrouth décoince la bulle

Hicham Lasri, Fawda, 2017, extrait de l’album à paraitre chez Kulte éditions

Festival Masnaâ : Beyrouth décoince la bulle

Mazen Kerbaj et Hatem Imam, Drunken Masters, technique mixte sur papier © Mazen Kerbaj et Hatem Imam

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    10 mai 2017
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