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Yassine Balbzioui, Watching, 2016 , huile sur lin © Piasa

Yassine Balbzioui, Watching, 2016 , huile sur lin © Piasa

À qui profite le boom du marché de l’art africain ?

Expositions internationales à foison, maisons de vente à l'affût de nouveaux records et foires spécialisées à Paris, Londres ou New York, l'art contemporain africain n’a jamais autant été à la mode. L'heure semble aussi venue de récolter les fruits de cet engouement. Le Maroc l’a bien compris et se positionne pour ancrer ce marché sur le continent.

 

Effet de mode ou tendance durable ? La question se pose avec acuité alors que les institutions culturelles de Rabat et de Paris se paraient au printemps des couleurs de l’Afrique. Avec le festival « L’Afrique en capitale », qui a vu les plus grandes institutions privées et publiques de Rabat concocter un programme 100 % africain, le Maroc affirme haut et fort son ambition de devenir la prochaine place-forte de l’art du continent. Une initiative précédée quelques mois plus tôt par l’ouverture du Musée d’art contemporain africain Al Maaden à Marrakech. Le MACAAL, qui abrite la collection privée de l’homme d’affaires Alami Lazraq, offre à la production africaine un écrin et une visibilité jusque là inégalée. En France, c’est Art Paris Art Fair qui ouvrait le bal début avril avec un focus sur la création du continent, « pour la première fois mise à l’honneur dans une foire d’art moderne et contemporain en Europe ». Mais ce sont sans doute les expositions de la Villette et de la fondation Vuitton qui auront fait couler le plus d’encre. « Afriques Capitales » a accueilli sous la Grande Halle 40 000 visiteurs tandis que la triple exposition « Art/Afrique : le nouvel atelier » de Vuitton devrait créer un effet d’entraînement, vu le rôle prescripteur que tiennent désormais les puissantes fondations privées. « Il est certain qu’il y a un phénomène avec l’Afrique, quelque chose de l’ordre de Africa is on the rise, remarquait Guillaume Piens, le directeur d’Art Paris Art Fair. L’Afrique ne fait plus partie d’une chapelle, mais commence maintenant à intégrer le circuit de l’art international ». Pour s’en persuader, il suffit de regarder du côté des maisons de vente aux enchères qui, de Bonhams à Sotheby’s, ouvrent une à une leurs vacations aux artistes africains. 

 

UN MARCHÉ ENCORE RÉDUIT

 

Les ventes dédiées bourgeonnent. Bonhams fait figure de pionnière. La maison londonienne organise depuis 2008 ses vacations « Africa Now » qu’elle entend bien poursuivre. « Le marché présente une croissance saine et graduelle, tant en termes de prix, de demande, que d’intérêt porté à ces œuvres », analyse Giles Peppiatt, son directeur des ventes contemporaines africaines. « Les perspectives sont prometteuses ». Assez pour convaincre les autres enseignes de se joindre aux festivités. La dernière en date, Sotheby’s, orchestrait en mai dernier sa toute première vacation, soldée par un cumul de ventes record pour l’art moderne et contemporain africain : la petite centaine de lots adjugés a atteint 2,8 millions de livres (environ 2,5 millions d’euros). Un montant encourageant, même s’il demeure en-deçà des résultats de ventes de l’art contemporain mondialisé. « Ce marché reste encore relativement réduit et sous- développé, quand on le replace dans le contexte du marché global de l’art, reconnaît Charlotte Lidon, experte chez Sotheby’s. L’art africain moderne et contemporain représente moins de 0,1 % des ventes aux enchères internationales, alors que l’Afrique compte 15 % de la population mondiale, avec également une très importante diaspora. » L’enseigne londonienne se montre confiante : « Le marché continue à se développer. Pour le moment, moins de dix artistes africains ont atteint le million de dollars aux enchères, et nous pensons que les plus grands noms tels qu'Ibrahim El Salahi ou encore El Anatsui n’ont toujours pas atteint leur plein potentiel. » À Sotheby’s, quelques beaux coups de marteau confirment la dynamique. L’installation Crash Willy de Yinka Shonibare, adjugée à 224 750 livres, marque un record pour cet artiste britannico-nigérian déjà bien installé sur la scène artistique internationale. La tapisserie Earth Developing More Roots du Ghanéen El Anatsui s’est gentiment envolée à 728 750 livres. Avec une adjudication à 416 750 livres – une des plus belles ventes de ce coup d’essai – Sunflowers, une nature morte d'Irma Stern, confirme l’intérêt grandissant des collectionneurs pour cette pionnière de l’expressionnisme sud-africain, qui trône au sommet des artistes africains les plus cotés. 

Cet engouement pour les modernes parcourt le marché et s’ob- serve également à Paris. Lors de la 4e vente dédiée de Piasa, une petite sculpture de Bodys Isek Kingelez, une tapisserie du sénégalais Papa Ibra Tall ou une huile de Hassan El Glaoui ont trouvé acquéreur. Portée par la vente d’un très beau collage de William Kentridge, Tête de femme bleue, la maison parisienne a engrangé quelque 737 000 euros. Un succès qui tient aussi à la présence de nouveaux acheteurs, un indicateur de plus de l’intérêt grandis- sant pour l’art du continent. Parmi ces nouvelles têtes, « la part des enchérisseurs africains est de plus en plus importante, souligne Christophe Person, directeur des ventes art contemporain africain de Piasa. Il est souvent dit qu’il n’y a pas beaucoup de collection- neurs africains, c’est pourtant quelque chose que l’on voit évoluer ». Une tendance vérifiée lors de la vente de Sotheby’s où un tiers des lots vendus ont trouvé acquéreur parmi les collectionneurs du conti- nent. Selon Art Newspaper, un Pascale Marthine Tayou et une série d’encres de William Kentridge seraient tombés dans l’escarcelle de l’homme d’affaire congolais Sindika Dokolo. (…)

 

 

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro #39 de Diptyk Mag actuellement en kiosque

 

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    4 juillet 2017
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