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Jompet Kuswidananto, The Contingent #5, 2012, installation © Jompet Kuswidananto, courtesy de Nanzuka

Jompet Kuswidananto, The Contingent #5, 2012, installation © Jompet Kuswidananto, courtesy de Nanzuka

Rock the Kasbah

Fédératrice, contestataire, spirituelle... tous les visages de la musique du monde musulman sont célébrés dans cette exposition multidisciplinaire où l’on entre pour suivre un débat et dont on ressort en ayant fait un karaoké. Récit d’une folle journée.

 

En cet après-midi de printemps, l’Institut des cultures d’Islam (ICI) vibre au son d’un débat enflammé sur l’histoire du raï en France : comment Cheb Khaled en est-il devenu le roi ? Quand Faudel est-il devenu le petit prince du même royaume ? La polémique fait rage alors qu’on grimpe au premier étage pour pénétrer dans une autre cacophonie. Au-delà de la vague des 90’s qui a rendu la world music populaire en Occident, la musique dans la culture musulmane est aussi un art de la contestation. Dans une vidéo-performance, Hiwa Ka fend une foule de manifestants au Kurdistan irakien avec un harmonica en bouche, comme s’il tenait un mégaphone. Les contestataires en train d’être réprimés par la police le regardent, perplexes, puis le suivent, certains finissant même par sourire et danser. À Dakar, la danse hip hop per- met de se ré-approprier la ville. Par un salto ou une pirouette dans les airs, le Camerounais Siaka Soppo Traoré (ancien danseur et repéré sur la foire AKAA en décembre dernier) a immortalisé ces jeunes en plein vol : les pieds ne touchant plus terre, franchissant murs et parapets, ils transcendent leur propre réalité. Un peu plus loin une rengaine lancinante – mais néanmoins charmante – agace l’oreille. On s’approche et l’on découvre le visage sans regard de Mohammed Lamourie, un musicien aveugle bien connu des usagers de la ligne 2 du métro parisien. Livrant sa version du célèbre slow Hôtel California, il y ajoute une touche de ghorba (le spleen de l’exil algérien), sublimé par un environnement de 

spots disco, entre kitsch et esthétique de clip vidéo. En descendant dans les dédales du hammam de l’ICI investi pour l’occasion, la musique expérimentale est à l’œuvre. Adel Abidin a créé un concert de percussions traditionnelles où les darboukas sont remplacées par... du pain dur ! Contre toute attente, leur surface indigeste – synonyme de ventre vide – résonne tout aussi bien que la peau. Abidin signe sur- tout un coup de maître en faisant ressusciter la plus grande star de la musique au monde : Michael Jackson. Entre exercice de science-fiction et expérience christique, Abidin fait parler le roi de la pop comme un gourou dans une fausse interview exclusive suivie sur écran géant par une foule en délire. Dans ces images troublantes qu’on rêverait de vivre, l’artiste irakien livre une réflexion sur la mince frontière qui sépare le pouvoir de la manipulation, la foi de la crédulité. (…)

 

«Rock the Kasbah», exposition collective, Institut des cultures d’Islam, Paris, jusqu’au 30 juillet 2017.

 

 

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro #39 de Diptyk Mag actuellement en kiosque

Rock the Kasbah

Philippe Chancel, série Rebel’s Paris, 1982, photographie © Philippe Chancel, courtesy de l'artiste et Galerie Mélanie Rio

Rock the Kasbah

Adel Abidin, Bread of Life, 2008, vidéo © Adel Abidin studio, Courtesy de l'artiste

Rock the Kasbah

Adel Abidin, Michael, 2015, installation vidéo © Adel Abidin studio, Photo ICI-Raphael Fanelli

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    26 juillet 2017
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