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 Line of Flight, 2017, photographie argentique Courtesy de l’artiste et Kulte Gallery & Editions

Line of Flight, 2017, photographie argentique Courtesy de l’artiste et Kulte Gallery & Editions

Voyage stellaire

Après deux résidences à Rabat en 2016 et en 2017, Zineb Sedira expose (pour la première fois au Maroc) le fruit de cette recherche dirigée par Yasmina Naji. Des travaux qui interrogent les mouvements humains et économiques dans un monde globalisé, à travers la métaphore de la colombophilie. 

 

En véritable ornithologue et ethnologue, Zineb Sedira s’est intéressée aux colombophiles à leur passion du homing pigeon et, notamment, au lâcher de ces pigeons voyageurs. Effectuant des voyages et acheminant des messages, ces oiseaux sont de véritables « boussoles stellaires » et des outils de communication séculaires, à l’instar d’un système de navigation élaboré. Paradoxalement, ils sont les métaphores aussi bien d’un monde en devenir que d’un home, une demeure, qui incarne un lieu de mémoire et qui s’inscrit dans la durée. Instauré il y a plus de 3000 ans, célébré dans la littérature, le lâcher de pigeons voyageurs aurait ses origines dans la Grèce antique. C’est ainsi que l’artiste aime à puiser son vocabulaire dans des langages variés liés aussi bien à la poésie qu’au documentaire et à l’archive... Ici les images et les objets ne sont pas faits pour être compris comme des éléments individuels, indissociés les uns des autres, mais comme une séquence narrative soigneusement montée. Ne serait-ce pas un film dans un film, une image dans une image, un monde dans un univers ?

Pour Zineb Sedira, la géographie et l’histoire humaines permettent de traiter des thèmes comme la délocalisation, la déterritorialisation et les déplacements humains et économiques à l’ère de la mondialisation. Fascinée par la notion de mouvement et les questions d’origine, qui lui sont propres, elle amène ainsi le spectateur à repenser non seulement ce thème de la « transmigration » (selon les textes de Nina Glick Schiller) et du déracinement géographique et culturel, mais aussi l’histoire et les formes de narration, qui fonctionnent finalement comme des enveloppes mémorielles en lien avec des aspects sociaux, économiques et politiques. 

 

UN MONDE DANS UN UNIVERS

 

Toutes les oeuvres présentées à Kulte Gallery s’articulent autour d’une vidéo, Dis/Location, qui capture l’envol des pigeons. Ces oiseaux « lisent » le ciel avec un système de navigation sophistiqué, comme s’ils avaient la capacité de « voir » le champ magnétique terrestre, la hauteur du soleil et les étoiles. Dès que les cages sont ouvertes, les oiseaux s’élancent, virevoltant autour des cages, tournoyant de longues minutes avant de se rassembler et de prendre une direction commune. L’artiste offre ici une extraordinaire aventure, un voyage astral dans le temps et dans l’espace. La série de photographies digitales, A Bird’s Eye View, représente l’envol, le lâcher, qui est lui-même installé sur une photographie murale. Ce dispositif crée une constellation, tel un univers interstellaire, forçant le regard du spectateur à un continuel aller-retour à un e échelle à la fois microscopique et macroscopique. Sur un autre mur, une installation tisse une forme étoilée de tracés topographiques de couleur rouge. Des liens se dessinent et rayonnent depuis un centre,  qui désigne la position de Londres sur une carte du monde invisible. 

 

Ces rayons sont construits sur une mappemonde dont il ne subsiste plus que des attaches, des ports. Ces lieux sont les musées dans lesquels les oeuvres de Zineb Sedira ont été exposées. Un réseau de lignes se forme entre Londres – où se trouve son atelier – et des villes sur le globe, des lieux de culture, dont Rabat fait partie. 

 
 
L'article est à retrouver dans son intégralité dans le numéro 40 de Diptyk
Voyage stellaire

A Bird’s Eye View, 2017, photographie digitale sur papier peint Courtesy de l’artiste et Kulte Gallery & Editions

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    18 octobre 2017
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