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Mustapha Akrim, Bidons, 2017

Mustapha Akrim, Bidons, 2017

Mustapha Akrim : Une mémoire pétrifiée

L’artiste de Salé investit un ancien entrepôt de matériels de prospection minière reconverti en galerie à Marrakech. Casques de chantiers, bacs à gâcher, pioches, bidons moulés dans le béton: Mustapha Akrim signe un solo show où la force plastique des pièces monumentales concrétise un projet d’archéologie de l’histoire ouvrière.

 

Rabat, non loin du cinéma Renaissance. Mustapha Akrim est en transit dans son atelier qu’il qualifie volontiers de « laboratoire d’idées ». Bouquins posés ici et là, maquette jonchant le sol, esquisses et photos punaisées sur le mur comme une carte mentale, l’ensemble de l’espace ressemble à un vaste  chantier. Le jeune plasticien de 36 ans s’en excuse. Akrim est un artiste occupé et très demandé. Il revient de Marrakech où est présentée sa première grande exposition monographique, « Chantier II » – sorte de rétrospective oserait-on avancer, si l’artiste n’était pas si jeune – à la galerie Comptoir des Mines. Il enchaîne ensuite sur un voyage au Cameroun pour le festival SUD de Doual’art. Akrim va et vient. Difficile de percer à jour cet artiste discret, taiseux disent certains. Ses « obsessions » créatrices autour de la mémoire ouvrière au Maroc sont pourtant, elles, bien connues. Comme Fettaka, El Gotaibi ou Arejdal, Mustapha Akrim appartient à cette « génération 00 » apparue dans les années 2000 qui réfléchit le changement social à l’œuvre dans la société marocaine depuis la fin du règne d’Hassan II. « Une génération de créateurs qui contribue activement à l’éveil citoyen en Afrique du Nord et dans des géographies plus larges... », souligne le fondateur de l’appartement 22, Abdellah Karroum, qui offrait à l’artiste sa première résidence en 2009.   

 

Archéologie du contemporain

 

Artiste engagé ? Akrim préfère parler de « responsabilité » : « Le rôle de l’artiste est de documenter par sa pratique artistique l’histoire de son temps ». Comme un archéologue du contemporain, le plasticien s’attache, depuis l’époque des Beaux-Arts de Tétouan, à mettre en forme ce monde ouvrier qu’il côtoyait enfant à Salé – ville ouvrière par excellence – dans le garage familial où son père, chef de chantier, entreposait divers matériaux. Pourtant, « Mustapha Akrim ne porte pas en bandoulière le récit familial », note le critique d’art Alexandre Colliex qui signe le catalogue de l’exposition à Marrakech. Akrim est intellectuel, sa démarche est moins biographique que méthodique, presque scientifique comme le dévoile l’installation « Mémoire » qui rassemble dans l’espace du Hangar de la galerie Comptoir des Mines quelques 224 archives photographiques prises dans différents chantiers à travers le monde (Maroc, Autriche, Tunisie, Jordanie,...). « Pour moi l’œuvre d’art, c’est le processus de la recherche ». Outils, pan de construction, quartiers industriels désaffectés, on y retrouve inventoriés tous les motifs et éléments du langage plastique d’Akrim.  

 

Emmanuelle Outtier

 

Mustapha Akrim, « Chantier II », Comptoir des mines Galerie, Marrakech, jusqu’au 10 janvier 2018.


L’article est à retrouver intégralement dans le numéro 41 de Diptyk, bientôt en kiosque.

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    19 décembre 2017
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