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Yassine Yaze : Une sagesse de l’insoumission

« Peintre du débordement », Yaze alterne les phases d’isolement méditatif et les explosions créatrices. Pour son deuxième solo show marocain, il a décidé de réaliser ses toiles quelques semaines seulement avant le vernissage.

 

Impossible de joindre Yassine Mekhnache. Celui que l’on surnomme encore Yaze – son premier pseudonyme de graffeur insoumis, du temps où il taguait « Yaze is Yaze » – court plus vite que son ombre. Hier invité d’une émission radio de grande écoute, le voici aujourd’hui à l’assaut du Château de Chamarande (région parisienne) pour une performance en compagnie du musicien Keziah Jones. De Berlin à Shangaï, en passant par Alger ou Paris, l’artiste français s’expose aux quatre coins du monde. Le Maroc ne lui est pourtant pas inconnu et reste l’une de ses destinations privilégiées. En 2010, il a participé à une exposition collective en compagnie de L’Atlas et de Mourabiti dans le cadre de la Marrakech Art Fair. Mais on retiendra surtout ses collaborations avec les brodeuses de Tameshlot, qui ont donné lieu au premier solo show organisé en 2015 par la Bloch Gallery, « La conférence des oiseaux ». De cet échange, loin d’être exclusif puisque Yaze a aussi travaillé avec des tisseuses indiennes, le peintre garde un souvenir impérissable. Dans le documentaire que lui consacre son ami Rachid Djaïdani, Encré, on le voit s’émerveiller de ces graffitis cousus avec du fil. On n’est pas originaire de Lyon – la patrie de ces ouvriers tisserands qu’on appelait les canuts – pour rien.

 

COMME SUR UN RING

 

Mais la passion fixe de cet artiste hors norme reste bel et bien la peinture. Souvent comparé à Basquiat ou plus justement à Pollock, pour sa pratique du dripping, Yaze est un peintre physique. L’espace qui environne la toile est tour à tour un ring de boxe ou une arène dans lesquels il règle ses pas. Aucun accessoire n’est assez subalterne pour ne pas être convoqué par cet apprenti chamane. Marqueurs utilisés par les tagueurs, brosses permettant de travailler les coulures, pinceaux agressifs grattant la toile : tout est utile à celui qui affirme vouloir « laisser se répandre sur de grands formats l’encre, la peinture, la matière, tout en étant guidé par un trait mû par un souffle propre à chaque être ». Les pigments rouges ont la prédilection de cet homme que l’on imagine toujours vent debout.

 

Olivier Rachet

 

Article à retrouver intégralement dans le numéro 41 de Diptyk 

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    21 décembre 2017
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