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Sijelmassi dans son cabinet

Sijelmassi dans son cabinet

Mohamed Sijelmassi : Une poésie du sensible

Ce pédiatre humaniste était aussi un infatigable archiviste du patrimoine culturel marocain. Ami et mécène des artistes, il était lui-même inséparable de son appareil photo. Alors que sort chez Oum Editions l’ouvrage Maroc, culture, art et mémoire – Hommage au Docteur Mohamed Sijelmassi, son ami l’anthropologue Mohamed-Sghir Janjar nous parle de ce grand monsieur qui nous a quittés en 2007. 

 

Des liens d’amitié et une joyeuse collaboration intellectuelle m’ont rapproché de Mohamed Sijelmassi durant les vingt dernières années de sa vie. Ils m’ont ainsi amené à découvrir, derrière l’image consensuelle de l’auteur-éditeur de livres d’art, du pédagogue et de l’acteur public reconnu au plus haut niveau de l’État, l’homme porteur d’une vision singulière, attentive aux diverses manifestations de la civilisation matérielle, soucieuse de la trace, de l’archive, de la mémoire et de la transmission. À force d’observer son travail, je me suis rendu compte que, contrairement à la pratique en vigueur dans le milieu académique que je fréquentais, chez lui le sensible précédait et fondait le discours. Un fait me paraît rendre au mieux compte de sa pensée et de son approche. Vers la fin de sa vie, il me fit part de son souhait de compléter son travail sur la civilisation marocaine par un beau livre sur l’alimentation et l’art de la table. Un livre qu’il imaginait original et en rupture avec le folklore convenu des manuels de cuisine. Après quelques recherches, je lui suggérai de construire un ouvrage d’art à partir d’un manuscrit marocoandalou du XIII siècle, le fameux texte d’Ibn Razin intitulé Fudalat al-khiwan . Son enchantement n’avait d’égal que mon grand étonnement quand j’ai découvert l’usage qu’il avait fait du manuscrit, que je lui avais procuré dans sa traduction française. Je m’attendais à ce qu’il construise un discours sur la gastronomie maroco-andalouse en la replaçant dans le contexte culturel de l’époque, qu’il analyse son évolution ou qu’il vérifie les différentes influences qu’elle avait connues. Mais fidèle à son approche (peu de discours, beaucoup d’images, de couleurs et de saveurs), Mohamed Sijelmassi commença par mobiliser sa famille, le personnel de sa maison et ses amis pour tester et reconstituer les mets de cette Andalousie antérieure à la Reconquista et à la découverte de l’Amérique, donc à l’introduction de la tomate en Méditerranée. Impressionnés par le foisonnement de sa production éditoriale, de nombreux observateurs du champ culturel marocain avaient pris l’habitude de voir, à juste titre, en Sijelmassi une véritable institution culturelle. En effet, le pédiatre humaniste, photographe et amateur des arts et de la culture avait entrepris, dès les années 1970, une oeuvre considérable. Son ampleur (il a publié une trentaine de livres entre 1972 et 2007), la diversité des sujets, le fastidieux travail de terrain et de documentation, ainsi que la coordination des équipes de contributeurs à certains travaux encyclopédiques, ont fait de lui un acteur culturel majeur. […]

 

Mohamed-Sghir Janjar

 

L'article est à retrouver intégralement dans le numéro 41 de Diptyk

 

 

 

 

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    8 janvier 2018
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