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Ahmed Cherkaoui, canape, Paris, 1964, ©Gabriel Soussan

Ahmed Cherkaoui, canape, Paris, 1964, ©Gabriel Soussan

Ahmed Cherkaoui - Déchiffrer la mémoire

"Le musée Mohammed VI rend hommage à Ahmed Cherkaoui, figure centrale de la modernité marocaine, décédé il y a tout juste 50 ans. 

L’œuvre de Ahmed Cherkaoui incarne l’une des périodes les plus importantes de l’histoire de l’art marocaine, celle de l’après-indépendance qui correspond à une réflexion fondamentale sur les nouvelles voies d’accès à une modernité artistique en phase avec la culture locale. Son œuvre a apporté une réponse essentielle aux interrogations d’une jeune génération d’artistes en quête de sa propre identité.

 

Avant d’entamer sa carrière de peintre, Ahmed Cherkaoui s’est d’abord formé au métier de graphiste à l’École des métiers d’art de Paris, où il est arrivé en 1956. Dans cette institution domine l’esprit de la fameuse école du Bauhaus. Alliant théorie et pratique, l’enseignement rejoint la conception des artistes du Bauhaus selon laquelle l’art doit répondre aux besoins de la société. Cherkaoui intègre la section Arts graphiques où est enseignée la communication par l’image. Bien évidemment, sa maîtrise de la calligraphie arabe et son expérience en tant que peintre en lettres à Casablanca durant son adolescence vont lui être utiles pour acquérir une culture visuelle. 

 

Diplômé en 1959, il intègre l’École des Beaux-Arts de Paris l’année suivante et y fréquente l’atelier de peinture murale de Jean Aujame. Mais cette option, malgré son intérêt technique, lui paraît en déphasage avec le bouillonnement culturel et artistique qui prévaut alors. Cherkaoui est très attentif aux nombreux mouvements artistiques parisiens et s’intéresse particulièrement à l’« art informel » qui domine la peinture moderne d’après-guerre avec ses diverses variantes picturales. Deux tendances s’y opposent à cette époque : l’abstraction géométrique, héritière du constructivisme des années 1920 et de Mondrian d’un côté, et de l’autre une abstraction expressive et gestuelle dans la lignée de Kandinsky. C’est avec cette dernière mouvance, dont certaines orientations essentielles sont nourries de spiritualité orientale et de gestualité picturale, que Cherkaoui ressent le plus d’affinités.

 

L’éveil d’une conscience 

 

Il entame alors une carrière d’artiste-peintre enrichie d’un patient dialogue avec la peinture de certains artistes modernes qu’il admire. Il apprécie particulièrement les œuvres que Paul Klee réalise lors de son voyage en Tunisie en 1914, parcourues de signes et d’idéogrammes et sous-tendues par un fertile dialogue avec les arts de l’Orient. Mais aussi l’œuvre de Roger Bissière, que Cherkaoui découvre en 1959 à l’occasion d’une rétrospective au musée national d’Art moderne de la Ville de Paris et devant laquelle il tombe en admiration. Bissière y expose un ensemble de formats à la peinture à l’œuf (tempera), avec des compositions organisées sous forme de fenêtres dans lesquelles sont tracés des signes et des pictogrammes puisés à la source de l’art primitif.

 

L’interaction de la peinture et de l’écriture ainsi que le croisement des cultures chez ces deux artistes admirés vont nourrir sa méditation sur les modes d’expression et lui permettre de se rendre compte que la peinture est un acte individuel et autonome. […]"

Brahim Alaoui

Le dossier sur Ahmed Cherkaoui à l’occasion de l’exposition du Musée Mohammed VI est à paraître en intégralité dans diptyk n°43

Ahmed Cherkaoui - Déchiffrer la mémoire

Ahmed Cherkaoui, Solstice, Courtesy of Nourdine Cherkaoui

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    17 avril 2018
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