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Vue d'installation Atlasouna d'Abdelaziz Zerrou, lauréat du prix HYam 2018, sur la place Makariou, dans le village d'Hydra © HYam

Vue d'installation Atlasouna d'Abdelaziz Zerrou, lauréat du prix HYam 2018, sur la place Makariou, dans le village d'Hydra © HYam

Le Prix HYam dessine un nouvel Atlas en Grèce

En juillet dernier, l’île d’Hydra accueillait l’installation d’Abdelaziz Zerrou, lauréat de la 2e édition du prix HYam pour la jeune création en Méditerranée.

 

Marie Moignard

 

Place Makariou, île d’Hydra, 13 juillet, 22h30. La pièce d’Abdelaziz Zerrou est enfin terminée. Au détour des ruelles tortueuses qui grimpent vers les collines escarpées du village, elle dresse ses cimes de plâtre au milieu des bigaradiers. Une frêle suspension lumineuse accentue les ombres, rajoutant au mystère. Avant d’être dévoilée au public, l’installation Atlasouna est pour l’instant le territoire des chats du quartier. Ils se prélassent sur les plateaux, se lovent dans les crevasses… « Ce sont les lions de l’Atlas ! », ironise Zerrou. Comment cette chaîne de montagnes reconstituée en est venue à relier la Grèce avec le Maroc ?Abdelaziz Zerrou, qui vit entre la Suisse et son pays natal, a l’habitude des grands écarts. Lui qui a déjà exposé à la Galleria Continua au Moulin en France et s’apprête à collaborer avec le LACMA à Los Angeles en 2019, poursuit sa carrière internationale. Lors du vernissage de sa pièce, il serrait pour la première fois la main du galeriste Thaddeus Ropac. Artiste engagé qui réfléchit sur l’histoire postcoloniale du Maroc, il livre pour le prix HYam un projet plus rassembleur. Atlasouna (« notre Atlas » en darija) téléporte le spectateur dans l’expérience sensorielle de cette montagne qui traverse tout le Maghreb, comme une flèche tendue vers la Grèce. Zerrou joue sur le rapport d’échelle pour donner à voir ses dénivelés à hauteur de titan, à l’image d’Atlas condamné à porter le monde et dont les colonnes seraient situées dans la région de Gibraltar. Clin d’œil à la mythologie grecque, il rappelle aussi l’ancrage antique du Maroc, qu’on a tendance à oublier. Le public local qui se pressait au vernissage le 14 juillet écoutait religieusement la captation sonore qui accompagne la pièce. Enregistrée lors de l’ascension du mont Toubkal, elle restitue les sons rencontrés sur la route : souffle du vent, chant des oiseaux, bruissement d’un cour d’eau, bruits de pas d’homme et de sabots de mule sur le sol. L’expérience de l’élévation tout en observant le sol, en quelque sorte, pour mieux relier deux parties de la Méditerranée qui se rencontrent rarement.

 

 

L’île aux artistes 

 

Ce lien, on le doit à la détermination de la journaliste Pauline Simons, ancienne du Figaro magazine et fondatrice du prix HYam (HYdra for Artists of the Mediterranean). Cette Française est une amoureuse de la Grèce, mariée au peintre Yannis Kottis. Entre eux et Hydra, c’est aussi une histoire d’amour. Dans leur jeunesse, ils passent un été dans l’annexe de l’Ecole des Beaux-Arts d’Athènes sur l’île (où le peintre Marc Chagall a aussi séjourné), avant d’acquérir une maison dans le village il y a quelques années. Plutôt que de lézarder au soleil, l’esprit volontaire de Pauline Simons la pousse à créer un événement. « Auparavant, je voyais peu de galeries ou de jeunes artistes issus des pays du bassin méditerranéen dans les évènements et foires internationales, grecs, marocains, tunisiens ou autres… C’est comme si une partie du monde n’était pas représentée. Depuis dix ans, cela a évolué bien sûr. » Pour accompagner ce changement, elle fonde l’association HYam en 2014 et lance l’année dernière la première édition du prix, centrée sur la jeune scène gréco-chypriote, dans un contexte déjà balisé.

Hydra, petit caillou de 64 m 2 au large d’Athènes, est un peu le Saint-Paul-de-Vence du golfe Saronique. Cet îlot préservé, sans voitures, où l’on circule à pied ou à dos d’âne, est depuis longtemps le refuge d’une poignée de privilégiés. Les riches armateurs grecs du 18 e  siècle ont construit leurs maisons de maîtres sur les hauteurs de la ville, dominant encore la baie. Dans les années 60, le chanteur canadien Leonard Cohen la remet au goût du jour. La crème du milieu de l’art y a aujourd’hui ses habitudes, l’été. Le grand collectionneur Davis Joannou, équivalent grec de François Pinault, accueille depuis 2009 un artiste dans l’annexe de sa Deste Foundation, nichée dans l’ancien abattoir de l’île. La France y a aussi son ancrage estival : François Tajan, directeur d’Artcurial et partenaire du prix HYam, y loue une maison depuis dix ans, tandis que le galeriste parisien Thaddeus Ropac vient pour

décompresser.

 

En marge de l’incursion de la Grèce à la Documenta 14 en 2017, et de la grosse machine institutionnelle qu’est la Biennale de Thessalonique, le Prix HYam est un jeune outsider. Pour sa 2 e édition, Pauline Simons entend bien dresser des ponts entre la Grèce et les pays non-européens, de préférence. « Le Maroc m’a semblé intéressant car comme la Grèce, c’est

pays qui a été occupé et s’est battu pour gagner son indépendance. Hydra a en l’occurrence joué un rôle important dans l’indépendance grecque puisque c’est de là qu’ont été armés de nombreux bateaux. Et puis je trouvais important que ce soit un pays avec une autre culture, une autre religion. » Pendant six mois, Pauline Simons écume la toile pour identifier une centaine d’artistes marocains de moins de 35 ans capables de créer une œuvre dans l’espace public. Elle finit par sélectionner huit finalistes : Zainab Andalibe, Salim Bayri, Soukaina

Joual, Abdessamad El Montassir, Mehdi-Georges Lahlou, Lina Laraki, Nissrine Seffar et Abdelaziz Zerrou. Ce dernier est élu lauréat le 16 mai dernier à Paris chez Artcurial, par un jury gréco-international composé de Xenia Geroulanou, directrice de la Galerie Thaddaeus Ropac à Paris, d’Anaël Pigeat, rédactrice en chef de la revue Artpress, de Bérénice Saliou, directrice artistique de l’Institut des Cultures d’Islam, et de Meryem Sebti, directrice de Diptyk, partenaire de l’événement. Jury auquel il faut rajouter Philippe Riss-Schmidt, curateur et fondateur d’Hyperpavilion à la dernière Biennale de Venise, et l’artiste et collectionneur Alexis Veroucas, tous deux présents au vernissage. Tous les chemins semblent mener à Hydra… En septembre, Abdelaziz Zerrou poursuivra ses recherches dans l’atelier aménagé par Pauline Simons et Yannis Kottis, au sein de leur maison qui a autrefois appartenu à Marianne Ihlen, la muse de Léonard Cohen. Une table ronde sur la jeune scène marocaine est aussi prévue chez Artcurial cet automne. De quoi multiplier les liens entre les pays de la Méditerranée.

 

 

 

 

Abdelaziz Zerrou, « Atlasouna », HYam Project, Hydra, Grèce, du 15 juillet au 15 septembre 2018.

Résidence d’Abdelaziz Zerrou à l’atelier HYam Project, septembre 2018.

Table rondeHYam Project sur la jeune scène marocaine, Art Curial, Paris, automne 2018.

 


Le Prix HYam dessine un nouvel Atlas en Grèce

Dans la petite île préservée d'Hydra en Grèce, les mules remplacent les véhicules motorisés - Copyright Marie Moignard

Le Prix HYam dessine un nouvel Atlas en Grèce

Project Space Slaughter House, annexe de la Deste Foundation installée en 2009 par le collectionneur Dakis Joannou dans l'ancien abattoir de l'île - Copyright Marie Moignard

Le Prix HYam dessine un nouvel Atlas en Grèce

Vue de l'île d'Hydra au large d'Athènes Copyright Marie Moignard

Le Prix HYam dessine un nouvel Atlas en Grèce

Abdelaziz Zerrou et Pauline Simons lors du vernissage d'Atlasouna, le 14 juillet dernier à Hydra - Copyright Marie Moignard.

Le Prix HYam dessine un nouvel Atlas en Grèce

Philippe Riss-Schmidt, membre du jury du prix HYam 2018, curateur et fondateur d’Hyperpavilion à la dernière Biennale de Venise, aux côtés de la journaliste Yamina Benaï de l'Officiel Art - Copyright Marie Moignard

Le Prix HYam dessine un nouvel Atlas en Grèce

Carte géologique du Maroc qui a inspiré "Atlasouna", le projet d’Abdelaziz Zerrou, lauréat du prix HYam 2018 © DR Courtesy l'artiste

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    9 septembre 2018
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