portfolio
Webtv
Syntax Error, 2018, installation composée de 28 photographies, 15,5 x 26 cm (chacune) Courtesy de l’artiste et Galerie Imane Farès

Syntax Error, 2018, installation composée de 28 photographies, 15,5 x 26 cm (chacune) Courtesy de l’artiste et Galerie Imane Farès

DANS LA VILLE QUI JAMAIS NE SE TAIT

Emeka Ogboh transporte le visiteur à Lagos pour une évocation sonore et visuelle de l’activité effrénée de la plus grande ville nigériane.

 

Henri Guette

 

« Lagos est la ville qui ne se tait jamais », déclare Emeka Ogboh. Le choix de travailler les bruits et les voix n’est pas fortuit pour l’artiste nigérian qui, dès 2008, proposait une œuvre sonore immersive avec This is Lagos. On y retrouve la mêlée de la circulation, la clameur des marchés et les discussions aux arrêts de bus – tout ce qui fait l’âme d’une ville de carrefour. Le port de Lagos est l’un des plus importants d’Afrique et joue un rôle crucial dans l’attractivité culturelle et commerciale du pays. La métropole a connu dans les années 2000 une explosion démographique et est aujourd’hui réputée pour son dynamisme. Elle est au cœur des recherches d’Emeka Ogboh qui, même depuis Berlin où il vit et travaille, cherche à la recréer comme un espace possible de la critique néolibérale. Les taxis défilent dans les rues, on entend les klaxons, le trafic est engorgé, mais il faut sans cesse aller plus vite. Il y a de quoi perdre la tête dans cette ville réputée parmi les plus stressantes au monde.

Les images de Lagos sont retournées et dupliquées au point d’en être difficilement reconnaissables, comme dans la grande fresque photographique Syntax Error, où un embouteillage se démultiplie à l’échelle du mur. L’artiste use du kaléidoscope pour donner le sentiment de désorientation, redoubler l’impression d’une ville en mouvement. Le titre de l’exposition, « No condition is permanent », vient d’une formule très courante à Lagos qui désigne le caractère transitoire de toutes choses, comme la rapidité avec laquelle les choses bougent en ville. Les grues s’activent sur les chantiers à mesure que nous parcourons les rues en voiture dans la double vidéo Àlà qui joue de l’effet miroir. Emeka Ogboh privilégie une approche sensible pour déplier la ville, c’est à dire en faire sentir l’étendue et en faire entendre la diversité par les dialectes et les accents enregistrés sur place. Il constate, avec le souci d’un archiviste, que bientôt les voix qui annoncent les arrêts de bus seront automatisées, sans pour autant prétendre faire œuvre de documentariste.  

Les portraits Conductors/Oshodi associent tableaux jaunes et noirs – aux couleurs des compagnies de taxi – et pistes sonores. Ils sont plus que de simples témoignages ou des instantanées puisqu’ils donnent un rythme à l’exposition. C’est en effet en termes musicaux qu’il faut raisonner ici puisque Emeka Ogboh, qui donne à entendre son premier album à la fois électronique et bruitiste, s’attache à rendre une pulsation. L’unisson des basses au sous-sol, en face d’un vitrail aux couleurs de Lagos, donne ainsi le sentiment de sacré. L’artiste a réussi à confondre les contours d’une ville avec le battement d’un coeur.

 

Emeka Ogboh, «No condition is permanent», Galerie Imane Farès, Paris, jusqu’au 24 novembre 2018.

 


tags

    26 novembre 2018
    blog comments powered by Disqus

    tags

      S'abonner